le vilain petit lutin

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posté le 2008-04-14 à 09:15:15
AUDENGE, LE PORT, ET LES HUITRES...... je tape
Les premiers ostréiculteurs > Le temps de la pêche
Ce n'est que vers la moitié du 19ème siècle que l'ostréiculture est véritablement apparue sur le bassin d'Arcachon.
Auparavant, les huîtres étaient ramassées sur d'énormes bancs naturels, qui existaient depuis la nuit des temps.
La population locale tirait alors sa subsistance de la pêche et de la chasse (des milliers de canards sauvages venaient hiverner sur le Bassin), ainsi que du résinage.
Les pêcheurs étaient principalement des matelots qui étaient susceptibles d'être rappelés à tout moment pour servir le roi. Depuis Colbert, toute personne tirant sa subsistance de la mer (pêcheur, charpentier, etc.), devait être inscrite sur des registres particuliers (d'où le terme d'inscrit maritime). Toutes ces personnes devaient à la Marine de Guerre une année de service tous les quatre ans, en contrepartie du versement d'une petite retraite et du droit de pêche et de chasse sur le domaine maritime. Les conditions de vie de ces populations étaient donc précaires, les familles devant assurer elles-mêmes leur subsistance durant l'absence des marins. Toutefois, c'est l'ensemble de la population qui tirait sa nourriture et ses revenus de la chasse et de la pêche.
De novembre à mars, on trouvait peu de poissons sauf l'anguille, les huîtres constituaient donc un apport essentiel durant cette période (la clôture de la pêche aux huîtres avait lieu en mars).
Les quantités pêchées étaient très importantes, on en exportait jusqu'en Angleterre et en Hollande. Les huîtres étaient vendues par charrettes entières, mais à très bas prix. Au début du 19ème siècle, la chair, placée dans des sacs, était livrée sur Bordeaux à dos de cheval.
Avec l'utilisation de la charrette, les huîtres peuvent être transportées en écaille à Bordeaux dans le Médoc et les Landes. A cette époque 5000 charrettes, soit environ 75 millions de gravettes étaient transportées en une saison sur Bordeaux.
Les huîtres, pêchées très petites, n'intéressaient qu'une clientèle populaire (elles étaient bradées à 7 centimes la panière de 250 huîtres). En 1810, on craignait que l'abondance de coquillages ne finisse par former des îles et encombrer le Bassin.
Les huîtres-mères (ou huîtres de drague) se trouvaient dans les algues et la vase des crassats, la pêche s'effectuait à pied avec un bâton afin de dégager les herbes et des râteaux ferrés, les débris étant abandonnés sur place. Les huîtres étaient également pêchées à la drague dans les chenaux.
Les gisements finirent néanmoins par s'épuiser à cause de divers facteurs, notamment une pêche trop intensive. Les populations riveraines ne respectaient pas la législation et des navires en provenance de Bretagne, Normandie, Espagne, Hollande, Angleterre et d'ailleurs venaient dévaster les bancs sauvages. Dès 1816, la disparition des bancs naturels semblait inéluctable mais les autorités de l'époque ont eu beaucoup de mal à se mettre d'accord sur une législation équitable et acceptée par tous et à faire appliquer celle existante. La mesure la plus spectaculaire fut prise en 1840 par le préfet maritime de Rochefort qui dépêcha un bateau de surveillance pour mettre un terme au pillage.
Une autre cause favorisant la perte de fertilité était la vase, les huîtres dépérissant à son contact. On envisagea ainsi de transporter la vase du bassin d'Arcachon sur les prés salés situés entre Arès et le Cap Ferret de façon à en augmenter la valeur agricole.
Le bigorneau perceur représentait également un véritable fléau.
Les bancs naturels ont donc quasiment disparu et la population fut réduite à la plus profonde misère.
Les premiers parcs
Si des essais de culture sur des concessions ont été effectués dès 1840, ceux-ci ont dû être abandonnés.
La pêche des huîtres a été réglementée à plusieurs reprises jusqu'en 1849, où un règlement obligea à rejeter les débris provenant du triage des huîtres dans des parcs faits pour le captage.
En 1857 des huîtres portugaises ont été importées pour remplacer les bancs naturels. Une vingtaine de concessions sont accordées par le Ministre de la Marine pour établir des dépôts permanents . La cohabitation avec les pêcheurs n'a pas été facile, surtout dans les premiers temps. Les ostréiculteurs étaient souvent des "étrangers" venant de l'intérieur des terres, par opposition aux paliqueys, les marins pêcheurs, à qui on imposa même en 1846, d'agrandir les mailles de leurs filets pour lutter contre la disparition des jeunes huîtres. De plus, l'occupation des crassats par les parcs à huîtres génait la pratique de la chasse et de la pêche.
En 1860, ce sont plus de 100 concessions de 3 hectares qui sont disponibles, on en dénombre 287 en 1865 pour atteindre 4016 en 1886. Un grand nombre de particuliers et d'inscrits maritimes ont obtenu la concession de petits parcs (les parcots) mais beaucoup ont rapidement abandonné car leurs parcs étaient mal placés.
Victor Coste, médecin de Napoléon III, professeur au Collège de France, est chargé par l'empereur d'étudier le bassin d'Arcachon au point de vue de la pisciculture maritime. Il remet le 9 novembre 1859 un rapport au ministre de la Marine et des Colonies dans lequel il propose d'établir des parcs modèles. Ceux-ci devaient être alimentés par des huîtres provenant d'Espagne ou de pêcheries françaises et permettre ainsi aux premiers parqueurs d'approvisionner leurs parcs. Ils donneraient ensuite chaque année une partie de leur récolte comme remboursement. Dès cette année-là, la situation des marins s'améliore grâce aux premiers parcs mis en place.
Le but semblait donc de permettre aux familles de disposer de revenus réguliers (de 100 à 150 000 huîtres par hiver) car les marins pouvaient être à tout moment rappelés sous les drapeaux, et c'était alors aux femmes et aux enfants à s'occuper des parcs. Le parc permettait également d'assurer une reproduction régulière et d'étaler la récolte sur plusieurs années.
Les marins concessionnaires n'ont alors pas le droit de pêcher des huîtres dans le Bassin pour alimenter leurs parcs (le captage n'est pas encore au point). Chaque marin doit donc s'associer à un bailleur de fonds (le " capitaliste ") qui apportera les fonds nécessaires au démarrage de l'activité et lui paiera les huîtres pêchées.
Si l'on s'en réfère aux initiateurs de ce projet et aux pionniers de l'ostréiculture, la culture de l'huître devait procurer un revenu considérable à la population ; le développement des moyens de transport aidant, le bassin d'Arcachon devait devenir le plus grand centre producteur et exportateur. Selon M. Coste, l'ostréiculture constituerait un complément de revenu pour les marins si l'administration de la Marine acceptait le projet : " Chaque année une somme considérable passerait dans les mains des marins appelés nécessairement à faire la majeure partie sinon la totalité des travaux de défrichement, de garde et de culture des nouvelles concessions ".
En 1860, les premiers concessionnaires ont été obligés de faire transporter 20 000 huîtres "étrangères" par hectare en provenance de Noirmoutier, Bretagne, Espagne, soit 4 millions en tout afin d'assurer le repeuplement des terres épuisées, le captage n'étant pas encore largement pratiqué et les huîtres-mères étant souvent commercialisées au lieu d'être conservées sur place.
Durant les années 1870, on évalue de 25 à 30 millions le nombre d'huîtres importées annuellement et revendues une fois arrivées à maturité. Celles-ci venaient notamment de l'embouchure du Tage, au Portugal.
Les débuts de la production
En quelques années, les trois "fermes-modèles" initiées par M. Coste, c'est-à-dire les parcs impériaux de Grand-Cès, Crastorbe et Lahillon produisent plus d'huîtres que le bassin tout entier.
Cette activité se révèle très rentable car on estime que pour 750 F de dépenses par an, on obtient un gain de 4000 F par hectare. Les coûts incluent le salaire de quatre hommes chargés de surveiller les parcs jour et nuit par roulement et d'y travailler à l'année (650 F pour un gardien, 800 F pour un gardien-chef).
Le parc de Lahillon (dont le nom provient de sa ressemblance avec un instrument de charpentier) a d'ailleurs donné lieu à un véritable défrichement car il était recouvert d'un limon très boueux et de hautes herbes marines et était de plus infesté de courmaillaux (bigorneau perceur) . En 1865, les 500 000 huîtres mères déposées en 1863 ont produit 6 685 248 huîtres.
Un arrêté du 20 mars 1866 stipule que les concessions accordées par le domaine maritime ne constituent pas un droit de propriété, mais seulement un usage temporaire et révocable au gré de l'administration et sans préavis, notamment en cas d'abandon de l'exploitation.
Ces contrats, qui devaient à l'origine garantir le droit des pêcheurs devant l'administration, ont constitué un frein pour les investisseurs et ont ralenti leur implantation. Certaines concessions étaient réservées à l'Etat (au nord de l'île aux Oiseaux) afin d'assurer le repeuplement du Bassin en gravettes.
Les parqueurs d'Andernos et de la côte Est ayant leurs concessions à l'opposé de la baie, établirent des colonies provisoires sur Claouey, les Jacquets, Piquey, l'Herbe. Ils y résidaient la semaine dans des cabanes de planches (on a même installé deux écoles mixtes et des chapelles). Il ne faut pas oublier que les trajets s'effectuaient alors à la rame et qu'il fallait compter plusieurs heures d'efforts quotidiens par tous les temps pour se rendre sur les parcs . La " marée ", c'est-à-dire le travail effectif dans les parcs ne dure " que " 3 à 5 heures par jour, mais surtout en hiver et souvent les pieds dans l'eau. Le cycle des travaux se déroule d'octobre à mars, c'est là qu'il faut pêcher, trier, déplacer, vendre.
Les premiers ostréiculteurs étaient avant tout des gardiens chargés de surveiller les parcs (on craignait encore la venue des navires anglais habitués à venir s'approvisionner sur les bancs sauvages). Certains vivaient sur des pontons (habitations flottantes), ce qui permettait une surveillance constante. Ces pontons ont permis de remplacer les cabanes de la côte occidentale du Bassin et de l'île aux Oiseaux, et servaient d'atelier de triage et de nettoyage. Une loi promulguée par Colbert interdisait d'ailleurs les constructions en dur sur le domaine maritime.
A la belle saison, certains se transformaient même en restaurant et proposaient la dégustation d'huîtres fraîches. Les ostréiculteurs connaissaient néanmoins de grosses difficultés financières, car les acheteurs en gros fixaient les prix entre eux et la vente directe s'effectuait souvent à prix dérisoire.
Le métier de parqueur
Les premières tuiles utilisées sur le Bassin devaient servir de lest à un dispositif en bois imaginé par Coste pour fixer le naissain, mais l'huître préféra se fixer sur la tuile.
La technique des tuiles chaulées, mise au point par Jean Michelet a été présentée officiellement en juillet 1866 à l'exposition de la Société Scientifique d'Arcachon et reste utilisée depuis.
La culture s'effectuait de façon très similaire à ce qu'on connaît aujourd'hui : collecteurs pour la reproduction, ambulances (caisses de protection) pour les jeunes huîtres et claires pour l'élevage et l'engraissement.
Les collecteurs ou ruches sont formés de tuiles chaulées disposées sur des cadres en bois coaltaré (les cages) de 2 m de long, 50 cm de largeur et 70 cm de profondeur et comportent entre 100 et 120 tuiles qu'on met en place au mois de mai.
Les meilleures concessions étaient celles de Lahillon, Moussettes, Grahudes, Mapoutchette, La Humeyre. Les plus réputées comprenaient également le Grand-Banc, Courbey, La Réousse, les Hosses et les terrains autour de l'île aux Oiseaux. Plus on s'éloigne de l'île, moins les résultats sont bons, par contre les huîtres portugaises semblaient se plaire partout.
Certaines concessions étaient réservées au naissain, d'autres étaient spécialisées dans la culture en ambulances. Les ambulances, ou caisses ostréophiles s'inspirent d'un dispositif imaginé par Jean Michelet en 1880. Elles ont une dimension de 2 m de long sur 1 m de largeur pour une profondeur de 12 cm et sont divisées en trois compartiments. Elles sont fabriquées à partir d'un cadre en bois qu'on fait tremper dans un bain de goudron chaud, le dessus et le dessous étant constitués d'un grillage en fil de fer également coaltaré.
Elles sont placées dans les endroits les plus bas des concessions, là où les courants sont les plus rapides (ce qui évite l'ensablement et favorise la pousse) et sont encadrées dans de solides piquets qui les soutiennent à 15 ou 20 cm du sol.
Chaque caisse ostréophile pouvait contenir de 12 à 15000 huîtres détroquées, mais seulement 1500 huîtres de taille commercialisable. Il fallait donc répartir le contenu dans de nouvelles caisses au fur et à mesure de la pousse. De plus les caisses devaient être continuellement nettoyées, de même que les tuiles car elles se recouvrent de limon et de parasites.
Ce n'est qu'à l'âge de 15 mois que les huîtres étaient sorties des caisses et élevées à plat dans les claires où elles devaient être régulièrement remuées et classées selon leur taille, l'ostréiculteur continuant à livrer une lutte perpétuelle contre les nombreux prédateurs. Il fallait quelquefois ramener les huîtres à terre sur les pinasses ou les chalands pour les nettoyer. Certaines concessions ne comportaient pas de claires et certains ostréiculteurs n'avaient pas les moyens d'acquérir le matériel nécessaire à l'élevage.
Les claires étaient construites en argile (dite matte ou gazon). Il fallait débarrasser le sol des herbes (zostères ou moussillon) sauf autour de l'écluse servant à vider la claire. La hauteur d'eau devait rester constante en toutes saisons (de 25 à 30 cm). On couvrait le sol d'une couche de sable fin et de petits galets. Beaucoup de parqueurs s'étaient aménagés des bassins près de la plage, mais le coût d'exploitation étant élevé, ils étaient souvent remplacés par des dépôts flottants (dits backs ou bateaux magasins), à prix assez bas. La plupart des travaux s'effectuait à même la plage, notamment le chaulage.
L'outillage comprenait la caisse ostréophile dite ambulance, la tuile, le chapelet, la cage ostréophile, le casier, la mane, la chancrière, la panetière, la raclette, le couteau à détroquer, la brouette, la pelle, la pince, le râteau.
La meilleure année a été 1882, à tel point que de nombreux Landais sont venus s'installer sur le bassin d'Arcachon (la résine connaissait déjà de grosses difficultés à cette époque), de même que des populations venant d'autres régions. Les promoteurs de l'ostréiculture ont beaucoup misé sur l'essor du chemin de fer pour en accroître la consommation. La campagne ostréicole ouvrait à la mi-septembre et durait jusqu'en mai.
Le premier syndicat des marins, ostréiculteurs et pêcheurs a été créé à Gujan le 30 mars 1884 et comptait 300 adhérents. Le syndicat du district Lanton-Taussat-Andernos a été créé le 18 avril 1886 et comptait 105 adhérents. Les principaux centres de production étaient dans l'ordre : La Teste de Buch, Gujan-Mestras, Arès, Arcachon, Andernos, Audenge, Lège, Le Teich, Taussat et Lanton.
De très grosses maisons d'expédition se sont installées à Arès, Andernos, Gujan, La Teste, Arcachon. Les huîtres étaient expédiées dans les grandes villes françaises, sur le bassin de Marennes pour y être engraissées, et même en Angleterre.
Les inscrits maritimes qui n'avaient pas d'autres moyens d'existence se faisaient aider par leur femme et leurs enfants. Les ostréiculteurs non inscrits avaient recours à des ouvriers parqueurs, payés à la marée ou à la journée. Une femme était payée 1,50 F la marée, un enfant de 13 à 16 ans : 1,30 F, un homme 3 F. Les gardes chargés de surveiller l'exploitation étaient payés au mois (100 F).
177 hectares étaient réservés par l'Etat qui en assurait la gestion et la surveillance et qui y faisait jeter chaque année 240 m3 de petites coquilles. Tous les deux ans, une partie de ces terrains était ouverte à la pêche publique (dite pêche à la main).
Le 23 avril 1887, la pêche sur les huîtrières réservées et dans les chenaux est réalisée par 558 bateaux (environ 2000 pêcheurs) qui récoltent 1,5 millions d'huîtres soit huit paniers de 350 huîtres par bateau. Deux jours après, la pêche à la main (5441 personnes sur 1099 bateaux) permet de récolter 1 million d'huîtres dont la moitié en dessous de la taille réglementaire (5 cm).
En 1913, on dénombrait 126 pinasses à moteur (pour seulement 800 bateaux de pêche à moteur pour l'ensemble de la France).
L'augmentation de la production entraîne l'apparition d'une nouvelle profession : les courtiers, qui centralisent et commercialisent les huîtres. Un décret du 15 décembre 1915 vient réformer le statut des concessions qui seront désormais accordées pour une durée de 25 ans avec possibilité de cession aux héritiers ou à des tiers, l'administration pouvant s'y opposer pour des motifs limitativement énumérés.
En 1920, les huîtres plates sont décimées par une maladie qui épargne les portugaises.
Dernière modification le 14-04-2008 à 09:16:56
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